Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/243

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« Mon cher Émile, lui dit-il du ton le plus solennel qu’il eût encore pris avec lui, vous pouvez me faire beaucoup de peine, et, si telle est votre intention, je vais vous en donner le moyen : c’est de me parler de la personne que vous venez de nommer.

— Je sais bien, répondit le jeune homme, mais…

— Vous le savez ! dit M. de Boisguilbault ; que savez-vous ? »

Et, en faisant cette interrogation, il parut si courroucé, et ses yeux éteints se remplirent d’un feu si sombre, qu’Émile, stupéfait, se rappela ce qui lui avait été dit à leur première entrevue de sa prétendue irascibilité, quoique ce fût alors d’un ton qui ne lui eût pas permis de voir là autre chose qu’une vanterie fort plaisante.

« Mais répondez donc ! reprit M. de Boisguilbault d’une voix moins âpre, mais avec un sourire amer. Si vous savez les causes de mon ressentiment, comment osez-vous me les rappeler ?

— Si elles sont graves, répondit Émile, apparemment je les ignore ; car ce qu’on m’en a dit est si frivole, que je ne peux plus y croire en vous voyant irrité à ce point contre moi.

— Frivole ! frivole !… Et qu’est-ce donc qu’on vous a dit ? Soyez sincère, n’espérez pas me tromper !

— Et quand donc vous ai-je donné le droit de me soupçonner d’une bassesse telle que le mensonge ? reprit Émile un peu animé à son tour.

— Monsieur Cardonnet, dit le marquis en prenant le bras du jeune homme d’une main tremblante comme la feuille près de se détacher au vent de l’automne ; vous ne voudriez pas vous faire un jeu de ma souffrance, je le crois. Parlez donc, et dites ce que vous savez, puisqu’il faut que je l’entende.

— Je sais ce qu’on dit, et rien de plus. On prétend