Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/286

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mon absence, et je trouverai bien un enfant pour lui porter ma lettre.

— Envoyer si loin un de ces petits sauvages ? ce ne sera pas facile. Eh ! vrai Dieu ! nous sommes servis à point, car voici quelqu’un de chez vous, si je ne me trompe ! »

Émile, en se retournant, vit Constant Galuchet, le secrétaire de son père, qui venait de jeter son habit sur l’herbe, et qui, après avoir enveloppé sa tête d’un mouchoir de poche, se mettait en devoir d’amorcer sa ligne.

« Quoi ! Constant, vous venez pêcher des goujons jusqu’ici ? lui dit Émile.

— Oh ! non, vraiment, monsieur, répondit Galuchet d’un air grave : je nourris l’espoir de prendre ici une truite !

— Mais vous comptez retourner ce soir à Gargilesse ?

— Bien certainement, monsieur. Monsieur votre père n’ayant pas besoin de moi aujourd’hui, m’a permis de disposer de la journée tout entière ; mais dès que j’aurai pris ma truite, s’il plaît à Dieu, je quitterai ce vilain endroit.

— Et si vous ne prenez rien ?

— Je maudirai encore plus l’idée que j’ai eue de venir si loin pour voir une pareille masure. Quelle horreur, monsieur ! Peut-on voir un plus triste pays et un château en plus mauvais état ? Croyez donc, après cela, les voyageurs qui vous disent que c’est superbe, et qu’on ne peut pas vivre aux bords de la Creuse sans avoir vu Crozant ! À moins qu’il n’y ait du poisson dans cette rivière, je veux être pendu si l’on m’y rattrape. Mais je n’y crois pas à leur rivière ; cette eau transparente est détestable pour pêcher à la ligne, et ce bruit continuel vous casse la tête. J’en ai la migraine.

— Je vois que vous avez fait une promenade peu