Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/288

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À Paris, tout le monde a des souliers, et ceux qui n’en ont pas ne sortent pas le dimanche. J’ai voulu aujourd’hui entrer dans une maison pour demander à manger : il n’y avait rien que du pain noir dont un chien n’aurait pas voulu, et du lait de chèvre qui sentait le bouc. Ces gens-là n’ont pas de honte de vivre si chichement !

— Ne serait-ce pas par hasard qu’ils sont trop pauvres pour mieux faire ? dit Gilberte, révoltée du ton aristocratique de M. Galuchet.

— C’est plutôt qu’ils sont trop paresseux, répondit-il un peu étourdi de cette observation qui ne lui était pas venue.

— Et qu’en savez-vous ? » reprit Gilberte avec une indignation qu’il ne comprit pas.

« Cette demoiselle est fort taquine, pensa-t-il, et son petit air résolu me plaît fort. Si je causais longtemps avec elle, je lui ferais bien voir que je ne suis pas un niais de provincial. »

« Eh bien, dit Émile à Gilberte, pendant que Constant cherchait des vers sous les pierres du rivage, pour amorcer sa ligne, vous venez de voir la figure d’un parfait imbécile.

— Je crains qu’il ne soit encore plus sot que simple, répondit Gilberte.

— Allons, mes enfants, vous n’êtes pas indulgents, observa le bon Antoine. Ce garçon-là n’est pas beau, j’en conviens, mais il paraît que c’est un bon sujet, et que M. Cardonnet en est fort content. Il est plein d’obligeance, et deux ou trois fois il m’a offert ses petits services. Il m’avait même fait cadeau d’une ligne très bonne, et comme on n’en trouve point ici : malheureusement je l’ai perdue avant de rentrer à la maison ; à telles enseignes que Janille m’a grondé ce jour-là presque autant