Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/295

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ne pas faire bien ce qu’il se verra forcé de faire. Peu à peu l’occupation quelconque que je lui aurai créée deviendra un besoin pour lui. N’en a-t-il pas toujours été ainsi ? Même en étudiant le droit qu’il abhorrait, n’apprenait-il pas le droit ? Eh bien, qu’il achève son droit, quand même il devrait le haïr de plus en plus et retomber dans les aberrations qui m’ont inquiété. Je sais maintenant qu’il ne faudra pas beaucoup de temps, ni une coquette fort habile, pour le débarrasser de l’enduit pédagogique des jeunes écoles. »

Mais on était en pleines vacances, et M. Cardonnet n’avait pas de motifs immédiats pour renvoyer Émile à Poitiers. D’ailleurs, il espérait beaucoup de son séjour à Gargilesse ; car, insensiblement, Émile acceptait sans répugnance les occupations que, de temps en temps, son père lui traçait, et paraissait ne plus se préoccuper du but qu’il avait tant combattu. Tout travail accompli par Émile l’était avec supériorité, et M. Cardonnet se flattait de le débarrasser de l’amour quand il voudrait, sans lui voir perdre cette soumission et cette capacité dont il recueillait parfois les fruits.

Rien n’était plus contraire aux intentions de madame Cardonnet que de faire remarquer à son mari la conduite singulière d’Émile. Si elle eût pu deviner le bonheur que goûtait son fils à s’absenter ainsi, et le secret de ce bonheur, elle l’eût aidé à sauver les apparences, et se fût faite sa complice avec plus de tendresse encore que de prudence. Mais elle s’imaginait que le ton souvent froid et railleur de M. Cardonnet était la seule cause du malaise qu’éprouvait Émile dans la maison paternelle, et, s’en prenant secrètement à son maître, elle souffrait amèrement de jouir si peu de la société de son fils. Lorsque Galuchet rentra, annonçant que M. Émile ne reviendrait que le lendemain ou le surlendemain au soir, elle ne put retenir ses larmes,