Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/296

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et dit à demi voix : « Le voilà qui découche à présent ! Il ne veut plus même dormir ici : il y est donc bien malheureux !

— Eh bien, ne voilà-t-il pas un beau sujet de douleurs ? dit M. Cardonnet en haussant les épaules. Votre fils est-il une demoiselle, pour que vous soyez effrayée de le voir passer une nuit dehors ? Si vous commencez ainsi, vous n’êtes pas au bout de vos peines ; car ce n’est que le début des petites escapades que peut se permettre un jeune homme.

« Constant, dit-il à son secrétaire lorsqu’il fut seul avec lui, quelles sont les personnes en compagnie desquelles vous avez rencontré mon fils ?

— Ah ! monsieur, répondit Galuchet, une compagnie fort agréable ! M. Antoine de Châteaubrun, qui est un bon vivant, un gros réjoui, tout à fait honnête dans ses manières ; et sa fille, une femme superbe, faite au tour, et d’une mine on ne peut plus avenante.

— Je vois que vous êtes connaisseur, Galuchet, et que vous n’avez rien perdu des appas de la demoiselle.

— Dame ! monsieur, on a des yeux et on s’en sert, dit Galuchet avec un gros rire de contentement, car il était bien rare que son patron lui fît l’honneur de causer avec lui sur un sujet étranger à ses fonctions.

— Et c’est sans doute avec ces personnes-là que mon fils continue ses excursions romantiques ?

— Je le pense, monsieur ; car je l’ai vu de loin passer à cheval, comme il s’en allait avec elles.

— Avez-vous été quelquefois à Châteaubrun, Galuchet ?

— Oui, monsieur. J’y ai été une fois que les maîtres étaient absents, et si j’avais su que je n’y trouverais que la vieille servante, je n’aurais pas été si sot.

— Pourquoi ?

— Parce que j’aurais sans doute vu le château gratis,