Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/35

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passe-temps favori de goguenarder en jouant ceux qui l’entouraient, que pour détourner l’impression pénible que ce débat venait de faire naître entre ses convives.

« Monsieur », dit-il en s’adressant à son hôte…

Mais aussitôt il fut interrompu par son chien qui, ayant aussi l’habitude de la plaisanterie, s’attribua l’interpellation, et vint lui pousser le coude en gambadant aussi agréablement que son âge pouvait le lui permettre.

« Eh bien, monsieur ! reprit-il en lui faisant de gros yeux, qu’est-ce à dire ? Depuis quand êtes-vous aussi mal élevé qu’une personne naturelle ? Allez bien vite vous rendormir, et qu’il ne vous arrive plus de me faire répandre du vin sur la nappe, ou vous aurez affaire à dame Janille. — Vous saurez donc, jeune homme, poursuivit M. Antoine, que l’an dernier, par un beau jour de printemps…

— Pardon, monsieur, dit Janille, nous n’étions encore qu’au 19 mars, donc c’était l’hiver.

— C’était bien la peine de chicaner pour deux jours de différence ! Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il faisait un temps magnifique, une chaleur comme au mois de juin, et même de la sécheresse.

— C’est la vraie vérité, s’écria le groom rustique : à preuve que je ne pouvais plus faire boire le chevau de monsieur à la petite fontaine.

— Cela ne fait rien à l’affaire, reprit M. Antoine en frappant du pied ; petit, retenez votre langue. Vous parlerez quand vous serez appelé en témoignage ; vous pouvez ouvrir vos oreilles, afin de vous former l’esprit et le cœur, s’il y a lieu. — Je disais donc que, par un beau temps, je revenais d’une foire, et j’allais tranquillement à pied, lorsque je rencontrai un grand homme, beau de visage, quoiqu’il ne soit guère plus jeune que moi, et que ses yeux noirs, sa figure pâle et même jaune lui donnent