Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/36

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l’air un peu dur et farouche. Il était en cabriolet et descendait une pente rapide, hérissée de pierres sur champ, comme les arrangeaient nos pères, et cet homme pressait le pas de son cheval, sans paraître se douter du danger. Je ne pus me défendre de l’avertir. “Monsieur, lui dis-je, de mémoire d’homme, jamais voiture à quatre, à trois ou à deux roues, n’a descendu ce chemin. Je crois l’entreprise sinon impossible, du moins de nature à vous casser le cou, et si vous voulez prendre un chemin plus long, mais plus sûr, je vais vous l’indiquer.

« — Grand merci, me répondit-il d’un air tant soit peu rogue ; ce chemin me paraît suffisamment praticable, et je vous réponds que mon cheval s’en tirera.

« — Cela vous regarde, repris-je, et ce que j’en ai fait n’était que par pure humanité.

« — Je vous en remercie, monsieur, et puisque vous êtes si obligeant, je veux m’acquitter envers vous. Vous êtes à pied, vous suivez la même route que moi ; si vous voulez monter dans ma voiture, vous arriverez plus vite au bas du vallon, et j’aurai l’agrément de votre compagnie.”

— Tout cela est exact, dit Janille ; c’est absolument comme ça que vous nous l’avez raconté le soir même, à telle enseigne que vous nous avez dit que ce monsieur avait une grande redingote bleue.

— Faites excuse, mam’selle Janille, dit l’enfant, monsieur a dit noir.

— Bleue, vous dis-je, monsieur l’avisé !

— Non, mère Janille, noire.

— Bleue, j’en réponds !

— Noire, j’en pourrais jurer.

— Allons, flanquez-moi la paix, elle était verte ! s’écria M. Antoine. Mère Janille, ne m’interrompez pas davantage ; et toi, mauvais garnement, va-t-en voir à la cuisine si j’y suis,