Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/57

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M. Sylvain Charasson, et il ne voyait pas bien clairement, quelque envie qu’il eût d’approuver son père, que le salaire pût remplacer la perte de la santé et de la vie.

« Je m’étonne de ne pas le voir sur le dos de ses ouvriers, ajouta naïvement et sans malice le page de Châteaubrun ; car il n’a pas coutume de les laisser beaucoup souffler. Ah dame ! c’est un homme qui s’entend à faire avancer l’ouvrage ! Ce n’est pas comme la mère Janille de chez nous, qui braille toujours, et qui ne laisse rien faire aux autres. Lui n’a pas l’air de se remuer, mais on dirait qu’il fait l’ouvrage avec ses yeux. Quand un ouvrier cause, ou quitte sa pioche pour allumer sa pipe, ou fait tant seulement un petit bout de dormille sur le midi par le grand’chaud : « C’est bien, qu’il dit sans se fâcher ; tu n’es pas à ton aise ici pour fumer ou pour dormir, va-t-en chez-toi, tu seras mieux. » Et c’est dit. Il ne l’emploie pendant huit jours ; et, à la seconde fois, c’est pour un mois, et à la troisième, c’est fini à tout jamais. »

Émile soupira encore : il retrouvait dans ces détails la rigoureuse sévérité de son père ; et il lui fallait se reporter vers le but présumé de ses efforts pour en accepter les moyens.

« Au ! pardine, le voilà bien, s’écria l’enfant en désignant du bras M. Cardonnet, dont la haute taille et les vêtements sombres se dessinaient sur l’autre rive. Il regarde l’eau ; peut-être qu’il craint la dribe, quoiqu’il ait coutume de dire que c’est des bêtises.

— La dribe, c’est donc la crue de l’eau ? demanda Émile, qui commençait à comprendre le mot déribe, dérive.

— Oui, monsieur, c’est comme une trompe (une trombe), qui vient par les grands orages. Mais l’orage est passé, la dribe n’est pas venue ; et je crois bien que le Jean aura mal prophétisé. Stapendant, Monsieur, voyez