Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/70

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pour dettes, comme vous l’entendez, monsieur. J’ai toujours été un honnête homme et rangé, et si je dois un sou dans le village ou dans les environs, que quelqu’un vienne le dire et lever la main contre moi. Cherchez, vous ne trouverez personne !

— Il y a pourtant trois mandats d’amener contre vous, et, depuis deux mois, les gendarmes sont à votre poursuite sans pouvoir vous appréhender.

— Et ils y seront tant que je voudrai. Le grand mal, pas vrai, que ces braves gendarmes promènent leurs chevaux sur une rive de la Creuse, tandis que je promène mes jambes sur l’autre ! Voilà des gens qui sont bien malades, eux qui sont payés pour prendre l’air et rendre compte de ce qu’ils ne font pas ! Ne les plaignez pas tant, monsieur Cardonnet, c’est le gouvernement qui les paye, et le gouvernement est assez riche pour que je lui fasse banqueroute de mille francs… car c’est la vérité que je suis condamné à payer mille francs ou à aller en prison ! Ça vous étonne, vous, jeune homme, qu’un pauvre diable qui a toujours obligé son prochain, au lieu de lui nuire, soit poursuivi comme un forçat évadé ? Vous n’avez pas encore un mauvais cœur, quoique riche, parce que vous êtes jeune. Eh bien, sachez donc mes fautes. Pour avoir envoyé trois bouteilles de vin de ma vigne à un camarade qui était malade, j’ai été pris par les gabelous comme vendant du vin sans payer les droits, et comme je ne pouvais pas mentir et m’humilier pour obtenir une transaction, comme je soutenais la vérité qui est que je n’avais pas vendu une goutte de vin, et que, par conséquent, je ne pouvais pas être puni, j’ai été condamné à payer ce qu’ils appellent le minimum, cinq cents francs d’amende. Excusez, le minimum ! cinq cents francs, le prix de mon travail de l’année pour un cadeau de trois bouteilles de vin ! Sans compter que mon pauvre confrère, qui les avait reçues,