Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/93

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ma fille, et il ne faut pas déranger la petite d’une si importante occupation. Vous allez, cette fois, déjeuner avec nous ; car nous sommes vos créanciers pour un repas que nous vous avons volé l’autre jour.

— Je ne viens pas pour vous causer de nouveaux embarras, mon généreux hôte, dit Émile en serrant avec une sympathie irrésistible la large main calleuse du gentilhomme campagnard. Je voulais d’abord vous remercier de vos bontés pour moi, et puis rencontrer ici un homme qui est votre ami et le mien, et auquel j’avais donné rendez-vous pour hier soir.

— Je sais, je sais cela, dit M. Antoine en posant un doigt sur ses lèvres : il m’a tout dit. Seulement il m’a exagéré, comme de coutume, ses griefs contre votre père. Mais nous parlerons de cela, et j’ai à vous remercier, pour mon propre compte, de l’intérêt que vous lui portez. Il est parti à la petite pointe du jour, et je ne sais s’il pourra revenir aujourd’hui, car il est plus traqué que jamais ; mais je suis sûr que, grâce à vous, ses affaires prendront bientôt une meilleure tournure. Vous me direz ce que vous avez définitivement obtenu de monsieur votre père pour le salut et la satisfaction de mon pauvre camarade. Je suis chargé de vous entendre et de vous répondre, car j’ai ses pleins pouvoirs pour traiter avec vous de la pacification ; je suis sûr que les conditions seront honorables en passant par votre bouche ! Mais rien ne presse au point que vous n’acceptiez pas notre déjeuner de famille, et je vous déclare que je n’entrerai pas en pourparlers à jeun. Commençons par satisfaire votre cheval, car les animaux ne savent point demander ce qu’ils désirent, et il faut que les gens s’occupent d’eux avant de s’occuper d’eux-mêmes, de peur de les oublier. Ici, Janille ! apportez votre tablier plein d’avoine, car cette noble bête à l’habitude d’en manger tous les jours, j’en suis