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PROCOPE LE GRAND.

peut-être ainsi que l’entendaient, dans leur origine, ces religions qui admettaient une lutte formidable entre le bon et le mauvais Esprit. Moins diaboliques que le Christianisme perverti, elles annonçaient la conversion et la réhabilitation de l’Esprit du mal ; elles le réconciliaient, à la fin des siècles, avec le Dieu bon ; elles prophétisaient peut-être ainsi sans le savoir la réconciliation de l’Humanité universelle, le triomphe miséricordieux de l’Égalité, la conversion et la réhabilitation des individus aujourd’hui rois, princes, pontifes, riches et nobles, esclaves de Satan, avec les peuples émancipés. Et si nous ne croyons pas un peu nous-mêmes à ce miracle de l’éternelle sagesse, de quel côté se tourneront nos espérances ? Retournerons-nous aux fureurs du Taborisme, à la Jacquerie, aux persécutions, à l’holocauste effroyable de toute une caste, à la guillotine, qu’au lendemain de la Révolution nous aurions dû briser pour ne la relever jamais, même pour les plus grands criminels ? Non. Ces fureurs, quelques légitimes qu’elles aient pu sembler, dans les siècles d’ignorance et dans les jours de désespoir, n’ont point profité à nos pères. L’Église de Rome a longtemps expié les supplices des hérétiques. Les hérétiques, à leur tour, ont expié de farouches représailles. Et nous ; qui avons frappé par le glaive, nous sommes gouvernés par le glaive !

Nous n’étions pas mûrs pour faire régner une vérité sans tache : on ne nous juge pas dignes d’être gouvernés par la vérité. On nous enferme dans des murailles, on nous entoure de canons et de forteresses. Nous n’avons donc pas vaincu ! Et dire que tous les hommes sont égaux, que tous les biens doivent être communs à tous, en ce sens qu’ils doivent profiter à la communion universelle, et par cette communion, à chacun individuellement, est encore une hérésie condamnable et punissable, au nom du pape et du roi. La doctrine de l’Église, comme la doc-