Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/151

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Et pourtant vous n’allez pas vivre les bras croisés. Vous vous ennuieriez !

— Sans doute. En ce moment, ma construction m’occupe et m’amuse ; mais, quand j’y serai installé, je sens que je suis trop jeune encore pour vivre en propriétaire, c’est-à-dire en feignant. Je vous demanderai peut-être un petit emploi dans votre grande affaire.

— Dites notre grande affaire. Elle est vôtre dès le principe et restera vôtre dans une juste et bonne proportion. Cela est réglé à vingt pour cent dans les profits, votre vie durant. Dans dix ans d’ici, vous aurez, si, comme j’en suis persuadé, nous prospérons, de quarante à cinquante mille livres de rente.

— Moi ! s’écria Narcisse stupéfait, moi ! J’aurais cette fortune-là sans rien faire ? Je ne veux pas !

— Vous n’avez pas été consulté ; je savais votre désintéressement. M. T… n’est pas un spéculateur égoïste et ingrat. L’acte d’association entre lui et les capitalistes qui se sont présentés vous constitue la part de ce que je vous dis, et comme, en outre, vous êtes libre de choisir chez nous l’emploi qui vous conviendra, vous ne pourrez pas dire que vous n’avez rien fait pour la prospérité d’une entreprise qui, à son point de départ, est votre idée, par conséquent, votre œuvre.

Narcisse dut se rendre ; il était si bouleversé, qu’il ne comprenait pas encore sa situation. Son maître maçon