Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/221

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Elle resta cependant, disant qu’elle aurait du plaisir à entendre de la musique, mais effectivement pour se trouver bien en présence d’Albany, sous les yeux de Narcisse. Du moins, c’est ainsi qu’elle m’expliqua sa pensée, et Narcisse, à qui j’en fis part, s’en montra reconnaissant, mais sans cesser d’être, en dépit de lui-même, d’une tristesse mortelle.

À neuf heures, Albany reparut ; les enfants firent silence ; le curé même rangea vivement les cartes, et, notre auditoire se trouvant assez nombreux, Albany s’approcha du piano ; mais ma femme, qui devait l’accompagner, se trouva saisie d’une invincible timidité et supplia mademoiselle d’Estorade de la remplacer.

Juliette s’y refusa d’abord. Nous la savions bonne musicienne, mais jamais elle n’avait posé ses doigts sur aucun piano devant nous. On disait, au couvent, qu’elle jouait l’orgue admirablement à la chapelle de ses religieuses ; mais aucun homme, et très-peu de femmes étrangères à la communauté, n’étaient admis aux offices. Le docteur seul pouvait parler ex professo du talent de Juliette, l’ayant entendue par surprise un jour qu’elle étudiait. Elle se cachait de ce talent, soit qu’elle n’y crût pas elle-même, soit qu’elle en regardât l’exhibition comme une vanité mondaine dont elle devait s’abstenir.

Elle céda, cette fois, pour ne pas nous priver d’en-