Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/244

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y avait ajoutés. Albany, assis à l’écart, les relut sans doute plus d’une fois, et en étudiant chaque caractère de l’écriture, car il resta plus d’un quart d’heure plongé dans ses réflexions. Il vint ensuite à moi, et me demanda des détails que je lui donnai avec une scrupuleuse exactitude.

— Ainsi, dit-il, elle était en colère, à ce que je vois ? Pauvre folle ! elle s’en repentira ! Mais, moi, j’ai assez fait pour l’acquit de ma conscience, et c’est à mon tour d’être piqué. À quelle heure part la diligence ?

— Dans une heure.

— Eh bien, je vais fermer ma valise, et je pars.

— Vous faites bien.

— Vous pensez que j’ai peur de M. Narcisse ?

— Non, mais que vous avez raison de vous préserver de vos propres imprudences et des suites qu’elles peuvent avoir. Narcisse est fort exalté. Quelle bravoure y aurait-il à vous jeter sous les coups d’un homme qui a le mépris du duel et le fanatisme de la guillotine ?

— Il est vrai que je n’aimerais pas à tomber dans un guet-apens, et que je n’entends rien à ce duel à l’américaine auquel il me convie. Mais là n’est pas la question. Un mot de Juliette m’eût fait tout braver. Je l’aimais… hier ! oui, je l’aimais passionnément ! mais, aujourd’hui, je retrouve en elle la béguine et la prude qu’elle ne peut pas ne pas être, et je pars content de moi, après le sa-