Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/26

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mon enclos. Un baiser venait de terminer le débat. Une voix enrouée cria :

— Mademoiselle Julia, votre entrée !…

Et mademoiselle Julia répondit :

— On y va !

Je savais désormais que j’avais pour voisins des comédiens ambulants en train de représenter. Je compris les sons d’orchestre que j’entendais par intervalles ; je me rappelai la disposition du jardin de la maison de ville, lequel déployait ses massifs de verdure et ses tapis de gazon sur la façade intérieure, celle opposée à la place ; après quoi, il se prolongeait derrière le théâtre, qui formait le coin de l’édifice, et il s’y terminait en un berceau de charmille où les acteurs se tenaient quand ils n’étaient pas forcément dans les coulisses. Hiver comme été, ils n’avaient pas d’autre foyer que cette tonnelle ouverte aux quatre vents du ciel. Narcisse Pardoux m’avait promené là un matin, en m’expliquant toutes choses, et comme quoi l’on voyait parfois, le jour, dans ce jardin, un avocat ou un avoué en toque et en robe s’échapper entre deux audiences pour venir sous la tonnelle causer avec les comédiens en répétition, ou s’asseoir non loin d’eux, sur un banc, avec un client agité que l’on feignait d’écouter, tout en lorgnant les comédiennes.

Quand mon esprit eut reconstruit le souvenir de cette localité, je m’expliquai aussi comment les voix m’arri-