Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/34

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pourpré le couchant, et dont maintenant les contours sombres s’irisaient aux reflets de l’astre mélancolique, un personnage assez grand qui traversait le fond du parterre, et dont la silhouette se dessinait sur le fond ouvert en terrasse au-dessus du petit ravin. Je pensai d’abord que c’était Narcisse Pardoux qui m’attendait là, comme il faisait quelquefois pour m’offrir des rafraîchissements, dont j’étais d’autant plus sobre qu’il refusait obstinément de me les laisser payer.

Mais, en approchant, je vis clairement que l’envahisseur de ma solitude était moins grand et surtout moins gros que mon ami le cafetier. Dès lors, je me tins sur mes gardes, et, marchant sur la bordure de gazon, dans l’ombre des lilas, je pus, sans qu’il remarquât ma présence, me glisser dans un petit massif d’où il m’était facile de l’observer d’assez près.

Il s’était approché de la palissade, et il furetait dans le chèvrefeuille à grappes rouges, qui courait en festons sur ce léger treillage.

Je pensai d’abord que c’était quelque entomologiste, à l’affût des sphinx et des noctuelles qui abondaient dans le désert : c’est ainsi que Narcisse appelait le petit terrain inculte dont il voyait avec humeur les grandes herbes folles se dresser à côté de ses plates-bandes fleuries. Mais l’inconnu ne se livra à aucune espèce de chasse. Il me sembla l’entendre froisser un papier ; après quoi, il se re-