Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/42

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Eh bien, que dites-vous de sa tournure et de sa mise ?

— Rien ; je ne la vois pas.

En effet, sa tête ne dépassait pas la palissade, qui avait de trois à quatre pieds de haut, et dont le treillage en lattes offrait peu de prise à la vue.

— Elle est là comme un oiseau en cage, reprit le cafetier en levant les épaules ; mais je l’ai parfaitement reconnue, et ce n’est pas un bien bel oiseau, allez !

En ce moment, nous entendîmes sauter dans le fond du parterre, et bientôt nous vîmes Albany auprès de la palissade. Il y posa ses coudes comme un homme qui regarde devant lui au hasard ; mais, en effet, il causait tout bas avec une personne assise, dont il ne voyait probablement pas la figure ; car je finis par distinguer, à travers le feuillage, un grand chapeau de paille dont la position indiquait que la tête féminine était baissée dans une attitude de prudence ou de honte.

Ils causèrent longtemps. De la femme nous n’entendîmes pas un mot ; mais, le comédien y mettant moins de précaution, nous pûmes saisir des mots et des membres de phrase d’après lesquels nous crûmes pouvoir être certains d’assister à une scène d’amour et de jalousie, tels que : « C’est vous seule… Julia est une folle… Jamais je ne me marierai… Il n’y a que vous au monde qui… »

— Est-ce que cela vous intéresse ? dis-je au bout d’un instant à mon hôte, en me remettant à mon travail.