Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/62

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jardin sur la conscience, et, si jamais le diable me tente et me pousse de ce côté-là, c’est qu’il y aura, derrière les murs du couvent, une belle Espagnole à l’œil noir et à la basquine rebondie, mélodieuse comme une sirène et amoureuse comme une colombe. Malheureusement, on n’en fait plus, et cela ne se trouve que dans les vignettes de romances.

— Et, d’ailleurs, votre cœur est engagé, à ce que l’on assure ?

— Julia ? Vous savez déjà que je suis sous l’empire de Julia ? Hélas ! c’est une créature étourdissante ! surtout quand elle chante. Vous l’avez ouïe ?

— Elle a une très-belle voix.

— Une voix superbe, une tournure de reine Mab, et c’est tout.

— Vous n’en êtes pas plus épris que cela ?

— J’en fus épris ! Mais, à présent, elle m’ennuie. Elle n’a pas le sens commun. Parlons d’autre chose.

Comme je ne savais rien des mœurs et du caractère de mademoiselle Julia, je ne pus rien conclure de l’ingratitude ou de la dédaigneuse fatuité de son amant. D’ailleurs, je savais tout ce que je voulais savoir, et je le quittai, peu d’instants après, pour rendre compte à Narcisse de ce qui concernait mademoiselle d’Estorade.

Ce qu’il y vit de plus consolant pour elle à enregistrer, c’est que le comédien n’avait jamais franchi la pa-