Page:Sand - Questions d’art et de littérature, 1878.djvu/156

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Enfin, il a fait de l’art ; il a été en poésie artiste et artisan, ce qui était réputé la même chose alors, comme nous l’avons remarqué à propos des grands maîtres en peinture, en sculpture, etc., dont nous nous plaisions tout à l’heure à nous rappeler les noms. Il n’a pas dit comme nos Prolétaires inspirés d’aujourd’hui : « Le ciel m’a fait poëte : mais c’est pour vous faire entendre le cri de la misère du peuple, pour vous révéler ses droits, ses forces, ses besoins, et ses espérances, pour flétrir vos vices, maudire votre égoïsme, et présager votre chute, pour vous émouvoir de pitié, vous faire rougir de honte, ou pâlir de crainte. » Non, maître Adam n’a pas eu cette pensée, et il ne pouvait pas l’avoir.

M. A. — Il eût pu l’avoir si son aine et son génie eussent été d’une trempe pins haute. C’est parce qu’il ne l’a pas eue, et qu’il a fait de la poésie mercenaire, que je ne peux pas l’estimer un grand poëte, malgré la bonne vieille facture de ses vers et la rudesse enjouée de son cachet.

M. Z. — Vous m’accordez déjà quelque chose, et j’aime votre sévérité, qui part d’un noble sentiment sur le noble métier de poëte. Mais permettez-moi de vous dire que ce n’est pas l’homme qui a manqué à l’idée, mais l’idée à l’homme. L’idée d’égalité n’était pas éclose dans le monde ; ou, du moins, elle ne s’y était pas développée jusqu’à la notion pratique où elle tente d’arriver aujourd’hui avec d’incroyables efforts, après de formidables tentatives et d’effrayants désastres, et la suite des essais de réforme antérieurs à Luther, que la force et la ruse avaient étouffés et dénaturés, la réforme luthérienne, faisant fausse route, tournait, comme le catholicisme, les rêves du