Page:Sand - Souvenirs de 1848.djvu/191

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justice jusqu’au procureur de la République, depuis l’Assemblée nationale jusqu’à la Commission exécutive, et depuis la commission de l’Assemblée jusqu’à son rapporteur, tout le monde pouvait croire que Louis Blanc était sérieusement compromis. Mais M. Marrast déclare que ce soupçon n’a pour fondement que la parole d’un homme qu’il ne connaît pas. Il affirme qu’il est impossible que Louis Blanc soit sorti de l’hôtel de ville par l’issue qu’on prétendait l’avoir vu franchir. L’accusation tombe d’elle-même, et l’Assemblée se trouve suffisamment éclairée. C’est donc M. Marrast qui met, en fin de compte, l’affaire à néant.

Le ministre de la justice avait-il le droit, comme représentant, de voter sous l’impression de cette soudaine lumière ? Avait-il le droit de s’apercevoir que la religion du procureur général avait été surprise par des bruits sans fondement, répétés peut-être, et grossis sans la participation de M. Marrast, par de faux témoignages ? (Puisqu’il s’était trouvé des misérables assez lâches pour tromper le maire de Paris, il pouvait bien s’en trouver pour tromper le procureur général et le procureur de la République !) Il y aurait folie à nier que le ministre n’eût pas ce droit, puisqu’il en avait le devoir. La susceptibilité des deux magistrats et celle du rapporteur a donc été, selon moi, irréfléchie et excessive. Il importe peu que M. Crémieux ait dit ou non aux magistrats de la République qu’il marchait d’accord avec eux. Était-ce donc à dire qu’il devait soutenir leur conviction quand la sienne ne persistait pas ? Cela serait bien étrange !