Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/322

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D’abord, je vous répondrai que tout le monde ne le savait pas de reste, puisqu’en les racontant, on les a si diversement jugées, puisque, aujourd’hui encore, il est de tradition que Molière fut un Sganarelle, un Arnolphe, sa femme une courtisane, son mariage un inceste flanqué de deux adultères, et la jalousie de Madeleine Béjart une persécution, un danger, un reproche et une malédiction pour lui. Or, si rien de tout cela n’était vrai, n’aurais-je pas fait une chose nouvelle et utile en vous remettant la vérité sous les yeux ?

Vous dites que cette vérité-là est de mon invention, que c’est une fantaisie, et, torturant les paroles d’Alexandre Dumas sur Napoléon et sur le libre examen de l’écrivain qui fait parler les grands hommes, vous prétendez connaître le fond du cœur des grands hommes mieux que nous. Eh bien, j’ose vous dire que vous ne le connaissez pas, que vous ne pouvez pas le connaître aussi bien que nous lorsque vous ne vous êtes pas trouvé aux prises avec la nécessité de l’interprétation. La critique est parfois savante (je ne parle pas de celle qui attribue Paul et Virginie à l’abbé de Saint-Pierre : je respecte trop l’originalité de cet aperçu pour le contredire) ; la critique, en général, sait beaucoup, mais elle ne sait, en général, que ce qu’elle a lu.

Elle n’a pas le temps, à propos de tout ce qui lui passe sous les yeux, de faire la part des documents sincères et authentiques, et celle des documents mensongers et apocryphes. Elle juge par la mémoire, elle prononce du haut de l’érudition. Elle ne peut faire davantage ; mais je dirais volontiers à tel critique que j’ai vu trancher lestement sur la vie et les sentiments de Molière : « Voyons, faites-nous une biographie de Molière, mais faites-la consciencieuse, impartiale ; feuilletez à nouveau les biographies et les écrits du temps, pesez-en la valeur ; cherchez la vérité au milieu des contradictions flagrantes de ces témoignages contemporains, et concluez avec votre raison, avec votre justice, avec vos entrailles. Eh bien, j’ai la certitude que vous feriez ce que j’ai fait. Lassé de la frivolité, de l’aveuglement ou de la mau-