Page:Sand - Theatre complet 2.djvu/300

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tu es jolie, ça me flatte ; tu es bonne et sage, ça fait honneur à l’éducation que je t’ai donnée. Or donc, que mon fils t’aime (clignant de l’œil à Pierre d’un air malin) ou ne t’aime pas, je te choisis pour ma bru, entre cent des plus huppées, qui s’en croient dignes et que je te sacrifie. Allons, n’étouffe pas de joie : songe qu’il faut avoir sa tête et se montrer fière et brave un jour comme aujourd’hui ! un jour de gloire et de gala, qui va ajouter un pressoir à la couronne de ton parrain ! — Eh bien, qu’est-ce que c’est ? Vous retirez vos mains tous deux ?


PIERRE.

Mon père, vous avez bonne intention ; mais voyez ! Reine ne comprend pas, elle ne croit pas… Elle ne sait pas seulement que je l’aime !


BIENVENU.

Pierre, tu es fou ! Voilà bien ton esprit chagrin et porté au doute ! Si je t’avais écouté, je n’aurais pas entrepris mon pressoir : c’était trop tard ! Et, à présent, pour cette affaire-ci, c’est trop tôt ! Il fallait donc te laisser dans la fièvre, quand il n’y avait qu’un mot à dire pour tout arranger ? N’est-ce pas, ma petite Reine ? Allons, tu es raisonnable, toi ! et tu ne trouves pas ton parrain trop malavisé de vouloir se faire dorloter par une bonne fille comme toi, tout le restant de ses jours ! Dis-nous ça bien vite ! Un beau oui, et déjeunons.


REINE, le retenant dans ses bras.

Mon parrain… vous êtes bon comme Dieu… et je vous aime… vrai ! de toutes mes forces… Mais…


BIENVENU.

Mais tu veux que mon fils te dise lui-même… ? Sois tranquille… tu auras des soins… et des douceurs… et des cajoleries… c’est ton droit !… Allons, Pierre, prends sa petite main et conduis-la à table, entre nous deux, comme toujours… et pour toujours !

Il va se placer à table.