Page:Sand - Theatre complet 4.djvu/445

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auriez eu dix fils qu’ils auraient été tous les dix amoureux de mademoiselle de Saint-Geneix ; et nous serions tous les dix, aujourd’hui, à genoux, comme ça, en rond, autour de vous, par rang d’âge… Comment n’aviez-vous pas prévu ça ?


LA MARQUISE.

C’est vrai ! j’aurais dû le prévoir ; mais… elle ne sait pas ?


LE DUC.

Elle sait tout.


LA MARQUISE, se levant.

Comment ?


LE DUC.

C’est moi qui le lui ai dit, là, tout à l’heure.


LA MARQUISE, à Urbain.

Mais vous avez donc l’intention de l’épouser ?


LE DUC.

Il a cette intention. Je l’ai bien eue, moi !


URBAIN, se levant.

Et quelle autre intention puis-je avoir envers une femme que je respecte et que vous estimez ?


LA MARQUISE, passant à gauche.

C’est vrai. Ah ! mon Dieu ! mais voilà qu’au milieu de mon bonheur, vous me foudroyez, mes enfants !


LE DUC.

Pourquoi donc ? C’est un bonheur de plus qu’on vous apporte, au contraire ! Est-ce que vous pouvez vous passer de Caroline ? La voilà à vous pour toujours.


LA MARQUISE.

Il ne s’agit pas de moi, ne me parlez pas de moi. (Elle passe entre eux.) Votre frère doit faire un plus grand mariage que cela, un mariage égal au vôtre.


LE DUC.

Ma obère mère, mon frère doit faire le mariage qui l’empêchera d’être malheureux, triste et souffrant comme vous le voyez depuis trois ans.

Urbain fait signe au duc de ne pas inquiéter sa mère.