Page:Sand - Theatre complet 4.djvu/54

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LA HYONNAIS.

Depuis le même temps : depuis deux jours.


HENRI.

Vous en donneriez votre parole d’honneur ?


LA HYONNAIS.

Oui, monsieur, je vous la donne… À présent, me direz-vous quel soupçon… ?


HENRI.

Des soupçons ! non ; quand je vous regarde, votre figure m’est sympathique, votre air de loyauté me porte à la confiance. Je ne sais comment cela s’est fait, mais, avant-hier, en vous parlant pour la première fois de ma vie, je vous ai ouvert mon cœur comme à un ami de vingt ans.


LA HYONNAIS.

Vous m’avez dit que vous aimiez mademoiselle Laurent, j’ai approuvé votre choix. Elle me paraît aussi intelligente et aussi bonne qu’elle est belle.


HENRI.

Oui ! votre admiration pour elle m’a monté la tête.


LA HYONNAIS, surpris.

Monté la tête ?


HENRI.

Je veux dire remonté le moral. Que voulez-vous ! je vous l’ai confessé, il y a en moi deux natures : l’une toute de tendresse et d’abandon, l’autre toute de méfiance et de personnalité. Le ciel et les leçons de M. Laurent ont fait la première, l’expérience et la réflexion ont fait la seconde. J’ai été si heureux, si choyé, si aimé ici, moi ! Tenez, cette petite maison de campagne, c’est là que j’ai passé les plus tranquilles années de ma vie, c’est là que j’ai été romanesque, et c’est en y songeant que je le redeviens encore ! Mais le monde est positif et j’ai vécu dans le monde ! Françoise était mon rêve, la réalité mon réveil ; et à présent…


LA HYONNAIS.

À présent ?