Page:Sannazare - L'Arcadie, Martin, 1544.djvu/42

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L’ARCADIE

sa main blanche les fleurs qui plus satisfaisoyent a ses yeux : & desia en avoit plein son giron. Mais außi tost que par le ieune pasteur elle entendit nommer Amarantha, son devantier luy eschappa, des mains, son esprit s’esmeut de sorte qu’elle perdeit presque toute contenance : dont sans le sentir, toutes ses fleurs luy tumberent, & en fut la terre semée d’une vingtaine de couleurs differentes. Puis quand elle reveint a soy, se blasmant en son courage, devint außi rouge comme est quelque fois la face de la Lune enchantée, ou comme l’aube du iour se monstre avant que le soleil se leve. Et pour couvrir ceste rougeur procedant de honte virginale, non pour autre besoing qui a ce la cõtraignist, elle baissa la veue en terre, & se print a recueillir sesdictes fleurs l’une apres l’autre, voulant (a mon iugement) donner a entendre qu’elle ne pensoit fors a tryer les blanches d’avec les rouges, & les iaunes d’avec les violettes. Au, moyen de quoy, ie qui songneusement y prenoye garde, pensay congnoistre que c’estoit la bergiere de qui soubz nom sainct & couvert nous avions entendu chanter. Or incontinent qu’elle eut faict un chapelet de ses fleurs recueillies, elle se mesla parmi ses compaignes : lesquelles ayant außi despouillé la prarie de sa dignite, & icelle appliquée

a leurs