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LA HAINE.


CORDELIA, se redressant et se dégageant le leurs bras, avec fièvre, égarée.

Ne me touchez pas !… Ne me regardez pas, si vous ne voulez pas que la force me manque ! Laissez-moi parler, sans m’interrompre… au hasard… comme je pourrai ! Et faites que j’oublie que vous êtes la, et que c’est de moi que je parle !


GIUGURTA, avec violence.

Il ne s’agit pas de larmes !…


TOUS, le contenant.

Giugurta… (Silence. — Ils entourent Cordelia, qui n’a pas pris garde à ce mouvement, et qui fait son récit comme s’ils n’étaient pas là, assise dans le fauteuil, l’œil fixe devant elle, et d’une voix sourde et saccadée.)


CORDELIA.

Ils avaient envahi la place et criaient : « — Nous voulons passer. Fais lever la herse ! » — Et je répondais, moi : « — Non, je ne la lèverai pas ! » — Et plus ils menaçaient, plus je répétais : « — Non, vous ne passerez pas ! » — Alors, ils ont commencé l’attaque. Comment ils ont forcé l’entrée du palais, Dieu le sait… lui qui l’a permis !… — Mais subitement je sens une main qui s’abat là, sur mon cou, comme la griffe d’un tigre, tandis que l’autre main m’entraîne à la fenêtre, en me tordant le bras ! Sur la place toute rouge… je les vois, je les entends hurler : « — Jette-nous-la, jette ! » — À quoi l’homme répond : « — Non, ce n’est pas assez pour elle de la mort ! » — Puis, je ne vois plus, je n’entends plus… Sa main m’étouffe — Il me rejette dans ma chambre… Alors, je me débats ! je crie ! je frappe ! je me dégage enfin, et me crois sauvée !… Mais l’implacable main me ramène… de mes cheveux tordus me fait un bâillon, et, suffoquée, je me sens mourir… et je tombe !


GIUGURTA.

Ah ! démon !…


CORDELIA.

Quand mes yeux se sont rouverts, j’étais seule ! L’incendie