Page:Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971.djvu/163

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fectif représente l’action dans sa totalité, comme un point, en dehors de tout devenir ; l’imperfectif la montre en train de se faire, et sur la ligne du temps. Ces catégories font difficulté pour un Français, parce que sa langue les ignore : si elles étaient prédéterminées, il n’en serait pas ainsi. Dans tous ces cas nous surprenons donc, au lieu d’idées données d’avance, des valeurs émanant du système. Quand on dit qu’elles correspondent à des concepts, on sous-entend que ceux-ci sont purement différentiels, définis non pas positivement par leur contenu, mais négativement par leurs rapports avec les autres termes du système. Leur plus exacte caractéristique est d’être ce que les autres ne sont pas.

On voit dès lors l’interprétation réelle du schéma du signe. Ainsi

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veut dire qu’en français un concept « juger » est uni à l’image acoustique juger ; en un mot il symbolise la signification ; mais il est bien entendu que ce concept n’a rien d’initial, qu’il n’est qu’une valeur déterminée par ses rapports avec d’autres valeurs similaires, et que sans elles la signification n’existerait pas. Quand j’affirme simplement qu’un mot signifie quelque chose, quand je m’en tiens à l’association de l’image acoustique avec un concept, je fais une opération qui peut dans une certaine mesure être exacte et donner une idée de la réalité ; mais en aucun cas je n’exprime le fait linguistique dans son essence et dans son ampleur.