Page:Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971.djvu/22

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pas toujours nettement. Par exemple, la linguistique doit être soigneusement distinguée de l’ethnographie et de la préhistoire, où la langue n’intervient qu’à titre de document ; distinguée aussi de l’anthropologie, qui n’étudie l’homme qu’au point de vue de l’espèce, tandis que le langage est un fait social. Mais faudrait-il alors l’incorporer à la sociologie ? Quelles relations existent entre la linguistique et la psychologie sociale ? Au fond, tout est psychologique dans la langue, y compris ses manifestations matérielles et mécaniques, comme les changements de sons ; et puisque la linguistique fournit à la psychologie sociale de si précieuses données, ne fait-elle pas corps avec elle ? Autant de questions que nous ne faisons qu’effleurer ici pour les reprendre plus loin.

Les rapports de la linguistique avec la physiologie ne sont pas aussi difficiles à débrouiller : la relation est unilatérale, en ce sens que l’étude des langues demande des éclaircissements à la physiologie des sons, mais ne lui en fournit aucun. En tout cas la confusion entre les deux disciplines est impossible : l’essentiel de la langue, nous le verrons, est étranger au caractère phonique du signe linguistique.

Quant à la philologie, nous sommes déjà fixés : elle est nettement distincte de la linguistique, malgré les points de contact des deux sciences et les services mutuels qu’elles se rendent.

Quelle est enfin l’utilité de la linguistique ? Bien peu de gens ont là-dessus des idées claires ; ce n’est pas le lieu de les fixer. Mais il est évident, par exemple, que les questions linguistiques intéressent tous ceux, historiens, philologues, etc., qui ont à manier des textes. Plus évidente encore est son importance pour la culture générale : dans la vie des individus et des sociétés, le langage est un facteur plus important qu’aucun autre. Il serait inadmissible que son étude restât l’affaire de quelques spécialistes ; en fait, tout le monde