Page:Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971.djvu/49

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Nous avons dit que le mot écrit tend à se substituer dans notre esprit au mot parlé : cela est vrai pour les deux systèmes d’écriture, mais cette tendance est plus forte dans le premier. Pour le Chinois, l’idéogramme et le mot parlé sont au même titre des signes de l’idée ; pour lui l’écriture est une seconde langue, et dans la conversation, quand deux mots parlés ont le même son, il lui arrive de recourir au mot écrit pour expliquer sa pensée. Mais cette substitution, par le fait qu’elle peut être absolue, n’a pas les mêmes conséquences fâcheuses que dans notre écriture ; les mots chinois des différents dialectes qui correspondent à une même idée s’incorporent également bien au même signe graphique.

Nous bornerons notre étude au système phonétique, et tout spécialement à celui qui est en usage aujourd’hui et dont le prototype est l’alphabet grec.

Au moment où un alphabet de ce genre s’établit, il reflète la langue d’une façon assez rationnelle, à moins qu’il ne s’agisse d’un alphabet emprunté et déjà entaché d’inconséquences. Au regard de la logique, l’alphabet grec est particulièrement remarquable, comme nous le verrons p. 64. Mais cette harmonie entre la graphie et la prononciation ne dure pas. Pourquoi ? C’est ce qu’il faut examiner.

§ 4.

Causes du désaccord entre la graphie et la prononciation.

Ces causes sont nombreuses ; nous ne retiendrons que les plus importantes.

D’abord la langue évolue sans cesse, tandis que l’écriture tend à rester immobile. Il s’ensuit que la graphie finit par ne plus correspondre à ce qu’elle doit représenter. Une notation, conséquente à un moment donné, sera absurde un siècle plus tard. Pendant un temps, on modifie le signe graphique pour le conformer aux changements de prononcia-