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Chapitre VII

La phonologie

§ 1.

Définition.

Quand on supprime l’écriture par la pensée, celui qu’on prive de cette image sensible risque de ne plus apercevoir qu’une masse informe dont il ne sait que faire. C’est comme si l’on retirait à l’apprenti nageur sa ceinture de liège.

Il faudrait substituer tout de suite le naturel à l’artificiel ; mais cela est impossible tant qu’on n’a pas étudié les sons de la langue ; car détachés de leurs signes graphiques, ils ne représentent plus que des notions vagues, et l’on préfère encore l’appui, même trompeur, de l’écriture. Aussi les premiers linguistes, qui ignoraient tout de la physiologie des sons articulés, sont-ils tombés à tout instant dans ces pièges ; lâcher la lettre, c’était pour eux perdre pied ; pour nous, c’est un premier pas vers la vérité ; car c’est l’étude des sons eux-mêmes qui nous fournit le secours que nous cherchons. Les linguistes de l’époque moderne l’ont enfin compris ; reprenant pour leur compte des recherches inaugurées par d’autres (physiologistes, théoriciens du chant, etc.), ils ont doté la linguistique d’une science auxiliaire qui l’a affranchie du mot écrit.

La physiologie des sons (all. Laut- ou Sprachphysiologie) est souvent appelée « phonétique » (all. Phonetik, angl. phonetics). Ce terme nous semble impropre ; nous le remplaçons par celui de phonologie. Car phonétique a d’abord