Page:Say - Chailley - Nouveau dictionnaire d’économie politique, tome 1.djvu/114

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


La probabilité. La statistique. Les tables. La théorie de la probabilité est l’ensemble des principes sur lesquels s’appuie le calcul des chances favorables ou défavorables à la réalisation d’un événement incertain.

Ces principes peuvent se résumer en celuici que dans une série d’événements indéfiniment prolongée, l’action des causes régulières et constantes doit l’emporter à la longue sur celle des causes irrégulières. (Laplace.) De cette prépondérance des causes constantes sur les causes accidentelles il résulte que, pour un grand nombre d’éléments homogènes et dans une unité de temps déterminée, la proportion des accidents aux événements normaux approche d’un rapport constant. Appliqué à l’assurance, ce principe peut s’exprimer de la façon suivante Si l’on groupe un grand nombre de risques de même nature soumis à des circonstances analogues, la réalisation de l’événement redouté ne se produira dans un temps donné que pour une fraction constante de l’ensemble des valeurs mises en risque. Ces principes sont assez clairs pour ne pas exiger de plus amples développements.

C’est sur cette théorie de la probabilité que la statistique fonde sa méthode et édifie ses calculs. Elle groupe les événements de même nature, constate les variations de leur périodicité, fixe les limites extrêmes entre lesquelles se produisent les différences, en mesure l’amplitude, c’est-à-dire l’écart et détermine « le point relativement fixe autour duquel les différences oscillent » ; ce point fixe, c’est la moyenne, le rapport constant dont nous venons de parler.

L’autorité de la moyenne augmente avec le nombre des éléments observés ; elle dépend absolument de l’homogénéité des conditions etson utilité pratique est d’autant plus grande que l’amplitude des oscillations est plus restreinte.

L’observation, scientifiquement conduite conformément aux principes et à la méthode que nous venons d’indiquer, accuse dans la plupart des phénomènes physiques etsociaux une frappante régularité ; telle est le fondement sur lequel s’appuie toute opération d’assurance. Il en résulte en effet que l’observation scientifique des faits accomplis peut, le plus souvent, servir de base à des prévisions pour l’avenir. Les résultats fournis par la statistique ont été disposés en tables dont on a dit qu’elles sont les formules des lois du hasard ; formules empiriques, il est vrai, de lois qui nous restent inconnues, mais qui suffisent à fournir l’expression numérique de la périodicité des faits observés.

ASSURANCE 92 ASSURANCE robabilité. La statistique. Les tables. 4. Valeur et emploi des tables, héorie de la probabilité est l’ensemble Les tables édifiées sur les données

4. Valeur et emploi des tables.

Les tables édifiées sur les données fournies 1 par l’observation scientifique sont une base précieuse et indispensable, il faut cependant mesurer la portée et l’autorité qu’on peut

leur attribuer.

Les calculs de la statistique supposent que

les événements observés se sont produits dans

des circonstances identiques et que ces cir-

constances resteront permanentes dans l’ave-

nir. Or, rien n’est plus éloigné des faits que

cette double hypothèse de l’homogénéité et

de la stabilité des conditions.

D’une part, les événements réunis par l’ob-

servation se sont produits dans des circons-

tances très diverses. Sans doute, un certain

nombre d’entre elles, et des plus importantes,

leur sont communes ce sont celles qui ont

été prises pour termes d’assimilation dans

l’opération du groupement ; mais il s’en trouve

d’autres dont on n’a pu tenir compte et qui

sont spéciales à chacun des faits observés.

L’identité des conditions sur laquelle le sta-

tisticien a appuyé ses calculs n’a pu être

qu’une identité moyenne, et l’on verra bien-

tôt comment l’assureur tient compte de ce

fait.

D’autre part, ces conditions sont supposées

devoir rester constantes alors qu’en réalité,

elles sont essentiellementvariables. Le temps

apporte, en effet, d’incessantes modifica-

tions dans les milieux où se produisent les

faits et de cette instabilité résulte tantôt

l’atténuation de certaines chances, tantôt l’ap-

parition de chances nouvelles. Ainsi, l’évolu-

tion progressive, continue de la science et de

la civilisation fait disparaître chaque jour

certains risques et en provoque de nouveaux.

Les progrès de l’hydrographie, par exemple,

donnent au marin une sécurité nouvelle, mais

la navigation à vapeur lui crée de nouveaux

dangers. Les. chances d’incendie sont dimi-

nuées par les progrès des constructions, aug-

mentées par les systèmes nouveaux d’éclai-

rage et de chauffage ; il en est ainsi dans

toutes les branches de la vie sociale.

Malgré son caractère scientifique, la statis-

tique est donc pour les opérations d’assurance

une base essentiellement mobile. Les tables

ne sauraient conserver leur autorité qu’à la

condition d’être soumises à une incessante

revision, malgré laquelle, à cause de la na-

ture de l’instabilité que nous avons décrite,

elles sont encore condamnées à une inévitable

imperfection. L’assurance peut y chercher

des indices, elle n’y trouverait pas un crité-

rium. L’assureur se verra souvent en présence

de certaines modifications survenues dans les

conditions et devra compter avec ces chances


ASSURANCE