Page:Say - Chailley - Nouveau dictionnaire d’économie politique, tome 2.djvu/169

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ardente à vouloir ne le payer qu’avec les produits d’une industrie extrêmement développée et laborieuse. Par contre, les Américains cherchent à ne pas prendre en payement les produits européens qu’on leur offre et ils leur barrent le passage par un autre système de tarifs protecteurs. Quelque chose d’analogue se passe en même temps entre l’est et l’ouest de l’Europe, par le système protecteur de la Russie. Les relations des Etats de l’ouest de l’Europe entre eux sont, en outre, compliquées par le fait des mesures arbitraires qu’ils ont prises relativement à leur commerce mutuel.

En fin de compte, les relations de l’Europe avec les États-Unis, se balancent par l’exportation des produits de l’ouest de l’Europe vers Cuba, vers le Brésil, dans l’Inde et en Chine, et par l’envoi en Amérique du sucre, du café, des épices et du thé. C’est à cette situation que la sagesse fanfaronne des hommes d’État a réduit l’organisation des forces productives du monde civilisé à la fin du xix° siècle.

En même temps, les forces naturelles ont été étudiées avec un zèle incroyable ; les inventions ont été multipliées les unes après les autres pour appliquer ces forces à la pro- ■ duction et aux transports ; et ce sont les transports qui en ont profité pour la grande part. Ces inventions facilitent le commerce. Elles rapprochent les nations, détruisent les barrières qui séparaient les hommes les uns des autres et englobent la race humaine dans une grande organisation, qui permet à tous les hommes d’exploiter toute la terre pour le bien de l’humanité tout entière. Qui peut arrêter cette marche ? Les barrières faites de taxes ressemblent de plus en plus aux digues de jonc avec lesquelles on voudrait arrêter les courants de l’Océan. Les partisans du système protecteur ne peuvent jamais dire comment ils en sortiront. Quelques-uns des plus extravagants et des plus pratiques s’aventurent à suggérer une organisation idéale, où il n’y aurait plus de commerce international du tout et où les nations vivraient dans l’isolement à l’état de fragments de l’humanité, arbitrairement détachés les uns des autres. Que cette idée se formule avec plus ou moins de restrictions, la politique protectionniste aboutit à quelque chose de pareil ; ce qui veut dire qu’elle n’a pas d’avenir. Elle peut seulement prétendre à maintenir certaines immobilisations de capitaux dans une position fausse et intenable jusqu’au jour où, par l’effet du progrès et des découvertes, ils seront écrasés dans une catastrophe que rien ne saurait prévenir.

Dans notre tableau de l’histoire de la doctrine du commerce, nous avons suivi les efforts qu’ont faits les hommes pendant près de mille ans pour comprendre la philosophie de l’échange.

Il est évident qu’ils n’ont pas réussi à la comprendre parce que leurs idées ont toujours été en arrière du développement, qui se produisait sous leurs yeux, dans l’organisation économique.

D’un système de manoirs avec un commerce restreint, isolé, fragmentaire, au système du grand marché indivisible du monde, réglé d’une extrémité à l’autre par l’offre et la demande, il y a une longue distance .

A chaque niveau où est parvenue la philosophie économique elle s’est toujours trouvée au-dessous de l’état de fait de son temps et elle a toujours été retenue dans les entraves des traditions anciennes et d’un état de choses antérieur moins avancé qu’au moment où elle se manifestait. C’est encore la même chose aujourd’hui. Notre science économique est bien loin en arrière des problèmes posés par la société d’aujourd’hui. La critique la plus forte qu’on puisse faire de l’économie politique actuelle, c’est qu’elle ne distingue pas avec assez de précision l’économie de l’échange de celle de la production. Sa doctrine des marchés est très en arrière des systèmes actuellement pratiqués et par-dessus tout elle ne s’est pas rendue maîtresse de la loi de l’offre et de la demande. Tout ce que l’on fait est dévié de la ligne des développements que nous avons étudiés et montre qu’on continue à suivre les mêmes errements qui ont conduit au système mercantile. Nous sommes dans les entraves delà tradition d’une époque passée, et nous n’avons pas pu encore résoudre des questions qui se posaient il y a déjà cent ans. Notre inhabileté a été flagrante dans toutes les tentatives que nous avons faites pour nous rendre compte de la dépression des affaires, dépression ressentie dans toute l’étendue du monde civilisé. Cela devrait nous apprendre qu’il faut étudier les formes les plus développées de l’industrie, chez les peuples les plus avancés du jour. L’idée que . les faits sont limités et spéciaux est futile et fausse. Il y a des choses qui sont et doivent être de toutes les nations. Ce n’est qu’en les étudiant que nous pouvons nous accommoder du progrès social, le supporter, le seconder. Pour y arriver, il ne nous manque pas seulement l’éducation historique, il nous faut une puissance philosophique.

W. G. Sumner.