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PARTICIPATION AUX BÉNÉFICES — 436 — PASSY

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plus d’un million pour apprendre à ses concitoyens le mécanisme et les effets des institutions de prévoyance et le fondateur de l’ancienne industrie du Ban de la Roche (en Alsace), l’ami de Pestalozzi et le collaborateur d’Oberlin, Jean- Luc Le Grand, avait déjà songé à donner à ses ouvriers cet enseignement économique dont le Congrès de 1889 a proclamé la nécessité.

M. Charles Robert préfère à la participation ’patriarcale et discrétionnaire la participation contractuelle qui lui semble beaucoup plus en harmonie avec les besoins de notre époque. Il préconise la fixation d’un quantum déterminé, la répartition réglementaire du produit de ce quantum, le maintien de l’autorité patronale, le contrôle des comptes par un arbitre-expert et un mode d’emploi se rattachant, sans déchéance arbitraire, à un but de prévoyance.

Mais ces règles ne peuvent servir que d’indication ; même appliquées avec ménagement et prudence leur effet peut-être mauvais. M. Ch. Robert lui-même dit très bien dans la préface qu’il a écrite pour le livre de M, Victor Bôhmert, professeur d’économie politique à Dresde :

« La participation, on ne saurait trop le répéter, n’est pas un remède universel et infaillible produisant de lui-même Yopus operatum, agissant d’une façon miraculeuse ou magique, comme ceux dont on trouve les annonces à la quatrième page des journaux. C’est une formule savante du nouveau codex social. Ses bons effets dépendent à la fois de la constitution du malade, de sa bonne volonté et de la capacité professionnelle du médecin. La maladie, c’est la situation précaire du travailleur moderne et les passions qui lui donnent la fièvre. Le docteur, c’est souvent le patron, et ici, nous retrouvons les polémiques et les mouvements d’opinion qui agitent parfois le monde médical... » Non, la participation n’est pas la panacée universelle et, comme à toutes les plantes, il lui faut une certaine quantité de chaleur totale pour porter des fruits. Les soins lui sont nécessaires et ils varient suivant les milieux, les industries, les pays. Il ne faut pas croire, avec les députés qui ont signé la dernière proposition de loi du 22 mai 1891, que la participation a résolu la « question sociale ». Ce qu’on appelle ainsi est un problème complexe qui a plusieurs inconnues et dont la solution n’est qu’un idéal vers lequel on tend sans pouvoir peut-être jamais l’atteindre.

Il ne faut pas s’illusionner, se laisser prendre à l’esprit de système et appliquer aveuglement le système de la participation, ni perdre de vue les dangers que font naître des expériences trop hâtivement faites. Il suffît d’une simple diminution de bénéfices pour voir remplacer par la désillusion et le découragement l’enthousiasme et la reconnaissance des premiers essais.

En somme, la participation est un outil qu’il faut savoir manier, qui blesse les maladroits et rend des services aux intelligents ; il dépend comme toutes choses et du jeu des lois naturelles et de la volonté de l’homme.

Bibliographie.

Ch. Robhbt, la Suppression des grèves par l’association aux bénéfices ; le Partage des fruits du travail ; Biographie d’un homme utile (Leclaire). — D r Victor Bôbmeht, la Participation aux bénéfices, traduction de M. Albert Trombert (1 888), Chaix. — Nichoias Paike Gilman, Profit skaring bet~ ween employer and employée’ A study in ihe évolution of the mages System (Guillaumin, 1889). — Bulletin de la participation aux bénéfices, 12 vol. (Chaix). Compte rendu des séances du Congrès international de la participation, 1889 (Chaix).

PASSt (Hippolyte-Philibert), homme politique et économiste, était fils de François Passy, premier commis aux finances avant la Révolution et plus tard receveur général des finances dans le département de la Dyle. Son père était en prison comme suspect et sa mère se tenait cachée dans le village de Garches (Seine-et-Oise) ; il naquit le jour où Marie-Antoinette montait sur l’échafaud {16 octobre 1793). Élève de l’école militaire de Saumur, il partit à dix-huit ans comme officier de hussards pour faire la campagne de Russie. Dans la retraite, le jeune officier, privé de son cheval, qu’on avait mangé pendant son sommeil, fut fait prisonnier et enfermé à Vilna. Il s’échappa, traversala Pologne à la faveur d’un déguisement et rejoignit l’armée un peu avant la bataille de Dresde où il fut blessé. L’avant-veille de la bataille de Leipzig, ayant attaqué avec quelques cavaliers un convoi ennemi, il fut laissé pour mort sur la route ; relevé ensuite, il fut décoré par l’empereur ; il n’avait que vingt ans. Rétabli, il fit la campagne de France et il prit part au combat livré sous les murs de Paris. Après la. seconde rentrée des Bourbons, il partit pour l’Amérique. Sur un voilier, la traversée était longue. Passy trouva dans la bibliothèque du bord un exemplaire d’Adam Smith, le lut, le relut et se sentit pénétré par la grandeur de cette philosophie des intérêts sociaux. Sa vocation était désormais fixée : il était économiste. Le spectacle des États-Unis naissants, le contraste de leur civilisation avec l’état des Peaux-Rouges encore nombreux à l’Est du Mississipi, le mouvement commercial des Antilles dévelop-