Page:Scarron - Le Virgile travesti, 1889.djvu/73

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Les cœurs sans fagot ni cotret,
Et qui n’a qu’à piquer d’un trait
Pour faire porter la marotte
Au plus raisonnable Aristote.
Dieu me garde, moi qui le dis,
Des coups d’un pareil étourdi !
Cupidon reçut de son frère
Toutes les caresses d’un père,
Fit la révérence à Didon,
Qui reçut les nippes en don.
L’heure du souper étant proche,
Tout le monde, au son d’une cloche,
Dans une salle se trouva.
Enée avec Didon lava.
Didon, en habit magnifique,
Se mit sur un lit à l’antique ;
Aeneas se mit vis-à-vis,
Lui tenant gracieux devis,
Ayant attaché en bavette
Sous le menton sa serviette.
Il était si propre, dit-on,
Qu’il n’eût pas pour un ducaton
(Grand signe d’intention nette)
Voulu rien manger sans fourchette,
Et ne se fût pas abreuvé,
Dans quelque verre mal lavé,
Sans faire cent fois la grimace,
Quoiqu’au détriment de sa face ;
Enfin ce généreux Seigneur
Etait un vrai homme d’honneur.
Cent gracieuses chambrières
Allaient avec riches aiguières,
Criant partout : « Qui veut de l’eau ? » .
L’ordre du festin était beau,
La viande était bien préparée,
Et la salle bien éclairée.
Lors chacun étant alité,
Didon dit Benedicite,
Puis on joua de la mâchoire ;
Aucuns commencèrent par boire ;