Page:Scarron - Le Virgile travesti, 1889.djvu/74

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Didon, comme on fait par deçà,
Par le potage commença.
Aeneas donna de la soupe
Aux plus apparents de la troupe.
Cent beaux valets de compte fait
Servaient au superbe buffet ;
Cent très honnêtes demoiselles
Coupaient des miches par rouelles,
Et cent autres ne faisaient rien
Que voir si tout allait fort bien,
Et portait chacune d’icelles
Un chandelier à deux chandelles.
Dans la salle, outre les Troyens,
Grand nombre était de Tyriens.
Aux uns, du bon Troyen la mine,
Aux autres, la face divine
De Cupidon qui reluisait,
Grande admiration causait.
Chacun beaucoup estime et prise
Les beaux présents du fils d’Anchise,
La belle robe de Léda,
Qu’elle-même, dit-on, broda,
Et la finesse de la toile
De son incomparable voile.
L’Almanach que Cassandre fit
Leur embarrassa bien l’esprit,
Et leur plut bien fort d’Ilione
Le beau collier et la couronne.
La Reine ne se put soûler
Et de les voir et d’en parler ;
Elle jette les yeux sans cesse,
Sur ce petit Dieu qui la blesse,
Et la tire à brûle-pourpoint,
D’un petit arc qu’on ne voit point
(Un autre eût dit brûle-hongreline,
Et la pensée eût été fine ;
Mais certes la rime du point
M’a réduit à brûle-pourpoint).
Ce Dieu, pour bien servir sa mère
Se pend au cou de son beau-frère,