Page:Schiff - Marie de Gournay.djvu/81

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lent des Roys 118 ; car sans cela combien 119 y a il que leur Estat fust par terre ? 120 Nous sçaurions bien dire aujourd’huy par espreuve, quelle necessité les minoritez des Roys ont de cette recepte. Les Germains ces belliqueux Peuples, 121 dit Tacitus, qui apres plus de deux cens ans de guerre, furent plustost 122 triumphéz que vaincus ; portoient dot à leurs femmes, non au 123 rebours. 124 Ils avoient au surplus des Nations, 125 qui n’estoient jamais regies [que] par ce sexe. Et quand Aenee présente à Didon 126 le sceptre d’Ilione, les 127 scoliastes disent, que cela provient, de ce que les dames filles aisnées 128, telle qu’estoit cette Princesse, regnoient anciennement aux maisons Royalles. Veult on deux plus beaux envers à la loy Salique, si deux envers elle peut souffrir ? Si 129 ne mesprisoient pas les femmes nos anciens Gaulois, ny les Carthaginois aussi ; lorsqu’estans unis en l’armée 130 d’Hanibal pour passer les Alpes, ils establirent les dames Gauloises arbitres de leurs 131 differends. 132 Et quand les hommes desroberoient à ce sexe en plusieurs lieux, 133 part aux meilleurs advantages ; 134 l’inegalité des forces corporelles plus que des spirituelles, ou 135 du merite, peut facilement estre cause 136 du larrecin et de 137 la souffrance : forces corporelles qui sont 138 vertus si basses, que la beste en tient plus par dessus l’homme, que l’homme par dessus la femme. Et si ce mesme Historiographe 139 Latin nous apprend, qu’où la force regne, l’equité, 140 la probité, la modestie mesme, sont les attributs du vainqueur ; s’estonnera-on, 141 que la suffisance et les merites en general, soient