Page:Schlick - Gesammelte Aufsätze (1926 - 1936), 1938.djvu/424

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La philosophie est des siècles, non du jour. En elle il n’y a pas d’actualité. Pour qui l’aime, c’est souffrance que d’entendre parler de „philosophie moderne“ ou „non moderne“. Les soi-disants courants philosophiques à la mode — soit qu’ils se répandent sous forme journalistique dans le grand public, soit qu’ils s’enseignent sous une forme scientifique dans les universités — sont par rapport au développement calmes et puissants de la philosophie a peu près ce que sont des professeurs de philosophie à l’égard des philosophes : ceux-la sont érudits, ceux-ci sages ; ceux-là écrivent sur la philosophie et luttent sur le champs de bataille des doctrines, ceux-ci philosophent.

Les courants philosophiques à la mode n’ont pas pire ennemi que la véritable philosophie, aucun qu’ils redoutent davantage. Quand elle se lève dans une nouvelle aurore et répand sa clarté impitoyable, les adhérents de toutes sortes de courants éphémères tremblent et s’unissent contre elle, criant que la philosophie est menacée, car ils croient vraiment que l’anéantissement de leur propre petit système signifie la ruine de la philosophie même.

Le vrai philosophe est toujours essentiellement critique et en ceci le contraire d’un esprit purement spéculatif ; il applique cette critique à ses propres œuvres, si bien que les professionnels de philosophie méconnaissent et sous-estiment souvent l’apport positif de sa pensée. Ainsi, ils voyaient en Kant le „tout-écrasant“ (Alleszermalmer), bien que sa critique de la métaphysique fut vraiment douce comparée à la critique pénétrante de Hume, qui, elle non plus, n’a pas été celle d’un véritable sceptique, moins encore l’extermination de la philosophie même.

Les métaphysiciens ont souvent accusé l’empirisme d’être antiphilosophique. De même, on reproche souvent à l’école de Vienne de ne pas se composer de philosophes, mais d’ennemis de la philosophie. Les doctrines de cette école ne contribuent en rien, dit-on, au développement et au progrès de la philosophie, mais elles tendent plutôt à la dissoudre. On a même déclaré qu’elles sont un phénomène de dégénérescence comme tant d’autres manifestations de la culture actuelle.