Page:Schoebel - Le Mythe de la femme et du serpent.djvu/114

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Mais pourquoi avoir proposé ce curieux chapitre d’histoire psychologique primitive sous le voile de l’apologue, de l’allégorie et du mythe ? Pourquoi un langage si énigmatique ? Uniquement, je pense, parce que c’était la méthode d’enseignement préférée des sages de l’antiquité. « Lorsque nous étions enfants, nous étions assujettis aux instructions imagées[1] », et d’ailleurs, faute de saisir et de comprendre la réalité, l’esprit populaire l’exigeait ainsi, enchérissant lui-même sur les récits proposés par des fables et par des contes plus enfantins, les uns que les autres. Et il en est toujours ainsi : le monde ne fait, mutatis mutandis, que ce qu’il a déjà fait, et tout n’est que répétition et redites. Les variantes ne changent rien à l’ensemble du texte. L’humanité est toujours en mouvement ; elle marche, mais c’est une illusion de croire qu’il existe un progrès universel. Le progrès n’est toujours et partout que partiel ; il est limité à l’individu ou au groupe ethnique qui le poursuit. Chacun y est pour soi ; le contraire n’est qu’une apparence, et les événements se chargent de le faire voir à ceux qui sont capables de voir. Les Égyptiens, les Assyriens, les Chinois, il y a 4000 ans et plus, étaient aussi civilisés, aussi cultivés que nous pouvons l’être aujourd’hui ; seulement ils l’étaient autrement. Voilà tout. Le cercle où nous tournons est une hélice ; mon ami, M. H. Montucci, l’a ingénieusement démontré il n’y a pas longtemps. Déjà, d’ailleurs, la sagesse antique avait parlé par la bouche de l’Ecclésiaste, et voici ses paroles : « Ne dites pas : Pourquoi les temps anciens étaient-ils meilleurs que les temps d’aujour-

  1. Galat., IV, 4.