Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/101

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Un désavantage tout particulier des républiques, auquel on ne s’attendrait pas, est aussi celui-ci, qu’il doit y être plus difficile aux intelligences supérieures d’arriver à de hautes situations, et, par là, à une influence politique directe, que dans les monarchies. Partout et toujours, en effet, dans toutes les circonstances, il y a une conspiration, ou une alliance instinctive, des intelligences bornées, débiles et vulgaires, contre les intelligences supérieures ; celles-là font bloc, par suite d’une crainte commune, contre celles-ci. Il est facile au grand nombre des premières, sous une constitution républicaine, de supprimer et d’exclure les dernières, pour ne pas être débordées par elles. Ne sont-elles pas, en vertu du même droit originel, toujours cinquante contre une ?

Dans une monarchie, au contraire, cette ligue naturelle et universelle des têtes bornées contre les têtes privilégiées n’existe que d’un côté, — en bas. D’en haut, au contraire, l’intelligence et le talent reçoivent des encouragements et une protection également naturels. En premier lieu, la situation du monarque est beaucoup trop haute et trop solide, pour qu’il ait à craindre une compétition quelconque. D’autre part, lui-même sert l’État plus par sa volonté que par son intelligence, qui ne peut absolument suffire à toute les tâches qui lui incombent. Il doit donc toujours recourir à l’intelligence d’autrui. Voyant que son propre intérêt est étroitement lié à celui de son pays, qu’il en est inséparable et ne fait qu’un avec lui, il donnera naturellement la préférence aux hommes les meilleurs, parce qu’ils sont ses plus utiles instruments ; il lui suffira de les trouver, ce qui ne lui est pas très difficile, s’