Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Il nous arrive assez facilement de raconter des choses qui pourraient avoir pour nous des résultats dangereux ; mais nous nous gardons bien de parler de ce qui pourrait nous rendre ridicules. C’est qu’ici l’effet suit de près la cause. Une injustice subie déchaîne chez l’homme naturel une soif ardente de vengeance, et l’on a souvent répété que la vengeance est douce. Ceci est confirmé par les nombreux sacrifices faits simplement pour la goûter, et sans intention aucune d’obtenir une réparation. La perspective certaine d’une vengeance raffinée, imaginée à son heure suprême, adoucit pour le centaure Nessus l’amertume de la mort. La même idée, présentés sous une forme plus moderne et plus plausible, fait le fond de la nouvelle de Bertolotti, Les deux sœurs, qui a été traduite en trois langues. Walter Scott exprime en paroles aussi justes qu’énergiques le penchant de l’homme à la vengeance : « Revenge is the sweetest morsel to the mouth, that ever was cooked in hell » .