Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/168

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de fontaine ; ni qu’on ne soupçonne la chaleur latente dans l’eau glacée.

L’existence inconsciente n’a de réalité que pour les autres êtres dans la conscience desquels elle se représente ; la réalité directe résulte de la conscience propre. Par conséquent, l’existence individuelle réelle de l’homme réside avant tout dans sa conscience. Celle-ci, comme telle, est nécessairement une conscience représentante, qui résulte de l’intellect, de la sphère et de la matière de l’activité de celui-ci. Les degrés de clarté de la conscience, par conséquent de réflexion, peuvent donc être envisagés comme les degrés de réalité de l’existence. Or, ces degrés de réflexion, ou de conscience claire de sa propre existence et de celle d’autrui, sont peut-être, dans la race humaine elle-même, émoussés de nombreuses façons, selon la mesure des forces intellectuelles naturelles, du développement de celles-ci, et des loisirs réservés à la pensée.

Quant à la diversité réelle et primordiale des forces intellectuelles, il est assez difficile d’établir entre elles une comparaison, tant qu’on les considère dans leur ensemble et qu’on ne les examine pas en détail ; car cette diversité ne peut être embrassée de loin, et elle n’est pas non plus aussi distincte extérieurement que les différences de développement, de loisir et d’occupation. Mais, pour s’en tenir à celles-ci, il faut avouer que tel homme a un degré d’existence au moins décuple de celle d’un autre, qu’il vit dix fois autant.

Je ne parlerai pas ici des sauvages, dont l’existence n’est souvent que d’un degré supérieure à celle des singes qui vivent sur leurs arbres ; mais que l’on examine