Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/186

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imaginatifs apprennent-ils plus facilement les langues que les autres. Ils associent immédiatement au mot nouveau l’image intuitive de la chose ; tandis que les autres y associent seulement le mot équivalent de leur propre langue.

On doit chercher à ramener autant que possible à une image intuitive ce qu’on veut incorporer à la mémoire, soit indirectement, ou comme exemple de la chose, ou comme simple comparaison, analogie, et n’importe quoi d’autre ; parce que tout ce qui est intuitif se fixe beaucoup plus solidement que ce qui n’est pensé qu’in abstracto, ou que les simples mots. Voilà pourquoi nous retenons si incomparablement mieux ce que nous avons fait que ce que nous avons lu.

Le nom mnémonique convient moins à l’art de transformer artificiellement la mémoire indirecte en mémoire directe, qu’à une théorie systématique de celle-ci, qui exposerait toutes ses particularités et les dériverait de sa nature essentielle, et ensuite les unes des autres.

On n’apprend que de temps en temps ; mais on désapprend toute la journée.

Notre mémoire ressemble à un crible qui, avec le temps et par l’usage, retient de moins en moins ce qu’on y met. Plus nous vieillissons, d’autant plus vite s’échappe de notre mémoire ce que nous lui confions désormais. Elle conserve au contraire ce qui s’y est fixé quand nous étions jeunes. Les souvenirs d’un vieillard sont donc d’autant plus nets qu’ils remontent plus loin, et le sont d’autant moins qu’ils se rapprochent davantage du présent ; de sorte que sa mémoire, comme sa vue, est devenue aussi presbyte< ! —-()-->.