Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/187

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Il y a dans la vie des moments où sans cause extérieure particulière, plutôt par un accroissement de la sensibilité, venant de l’intérieur, et seulement explicable d’une manière physiologique, les choses ambiantes et le présent prennent un degré de clarté plus élevé et rare ; il résulte de là que ces moments restent gravés d’une façon indélébile dans la mémoire et se conservent dans toute leur individualité, sans que nous sachions pour quelle raison, ni pourquoi, parmi tant de milliers de moments semblables, ceux-là précisément s’imposent. C’est probablement par pur hasard, comme les exemplaires de races animales complètement disparues que contiennent les bancs de pierres, ou comme les insectes écrasés entre les pages d’un livre. Les souvenirs de cette espèce, ajoutons-le, sont toujours doux et agréables.

Il advient parfois, sans cause apparente, que des scènes depuis longtemps oubliées se présentent soudainement et vivement à notre souvenir. Cela peut provenir, en beaucoup de cas, de ce que nous venons de sentir, maintenant comme jadis, une légère odeur à peine perceptible. Les odeurs, on le sait, éveillent avec une facilité toute particulière le souvenir, et le nexus idearum n’a besoin en toute occasion que d’une incitation très faible. Soit dit en passant, l’œil est le sens de l’intelligence, l’oreille le sens de la raison, et l’odorat le sens de la mémoire, comme nous le voyons ici. Le toucher et le goût sont des réalistes attachés au contact, sans côté idéal.

La mémoire a aussi cette particularité, qu’une légère