Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/27

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Les bouddhistes, en conséquence de leurs profondes idées éthiques et métaphysiques, partent non des vertus cardinales, mais des vices cardinaux, dont les vertus cardinales apparaissent d’emblée comme les antithèses ou les négations. Suivant l’Histoire des Mongols orientaux de J.-J. Schmidt (voir p. 7), les vices cardinaux sont, pour les bouddhistes : la volupté, la paresse, la colère et l’avarice. Mais vraisemblablement l’orgueil doit remplacer la paresse : c’est du moins ainsi que ces vices sont énumérés dans les Lettres édifiantes et curieuses, édit. de 1819, t. VI, p. 372 ; l’envie, ou la haine, y est de plus ajoutée en cinquième lieu. À l’appui de ma rectification de l’allégation du très recommandable J.-J. Schmidt, vient s’ajouter l’accord de celle-ci avec les doctrines des soufis, qui étaient sous l’influence du brahmanisme et du bouddhisme. Ceux-ci en effet établissent les mêmes vices cardinaux, et, d’une façon très frappante, par couples, de sorte que la volupté entre en scène avec l’avarice, et la colère avec l’orgueil. (Voir Tholuck, Fleurs du mysticisme oriental, p. 206). Volupté, colère et avarice se trouvent déjà énoncées dans le Bhagavat Gita (XVI, 21) comme vices cardinaux : ce qui atteste le grand âge de la doctrine. De même, dans le Prabodha-Chandrodaya, ce drame philosopho-allégorique si important pour la philosophie du Védanta, ces trois vices cardinaux apparaissent comme les trois généraux du roi Passion dans sa guerre contre le roi Raison. Les vertus cardinales opposées à ces vices cardinaux,