Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/28

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cardi-, qu’on verrait apparaître, seraient la chasteté et la générosité, associées à la douceur et à l’humilité.

Si maintenant l’on compare à ces idées fondamentales de l’éthique, établies avec tant de profondeur par l’Orient, les vertus cardinales platoniciennes, si célèbres et tant prônées, la justice, la bravoure, la modération et la sagesse, on les trouvera dépourvues d’une idée fondamentale claire et directrice, donc superficiellement choisies, et en partie même manifestement fausses. Les vertus doivent être des qualités de la volonté ; mais la sagesse appartient directement à l’intelligence. La σωφροσύνη, que Cicéron traduit par temperantia et la langue allemande par Mässigkeit (modération), est une expression très indéterminée et très ambiguë sous laquelle on peut ranger beaucoup de choses, telles que réflexion, sobriété, tête solide ; elle vient vraisemblablement de σὥον ἔχειν τὁ φρονεἵν, ou, comme le dit Hiérax dans Stobée (Florides, titre V, § 60) : Ταύτην τἡν ἁρετἡν σωφροσύνην ἐκάλεσαν σωτηρίαν οὔσαν φρονησἐως. La bravoure n’est pas une vertu, bien que parfois elle puisse venir en aide à la vertu ; mais elle est également prête à servir la cause la plus indigne ; c’est en réalité une propriété du tempérament. Déjà Geulinex[1],

  1. Geulinex (Arnold), né à Anvers en 1624, mort à Leyde on 1669, fut professeur de philosophie et de théologie protestante dans cette dernière ville. Il a publié divers ouvrages écrits en latin : Saturnalia, Logica, Γνῶθι σεαυτον, sive Ethica, Compendium physicum, Metaphysica vera, Collegium oratorium, etc., dont les plus remarquables sont posthumes. Geulinex est un philosophe cartésien qui a de la profondeur et de l'originalité, mais que la gloire de Spinoza et de Malebranche rejeta dans la pénombre. De nos jours on a commencé à lui faire réparation. Le professeur J.-P.-N. Land a donné une édition de ses œuvres : Opera philosophica, La Haye, 1891-1893, 3 vol. (Le trad.)