Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/30

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le courage au nombre des vertus, la lâcheté au nombre des vices. Mais cette idée n’est pas d’accord avec le sens moral chrétien, qui incline à la bienveillance et à la patience, et qui défend toute inimitié, même la résistance ; aussi les modernes l’ont-ils abandonnée. Nous devons cependant concéder que la lâcheté ne nous semble pas compatible avec un noble caractère ; il suffit déjà pour cela de l’excessif souci de sa propre personne qui s’y trahit. Le courage se ramène au fait que l’on affronte volontairement, à un moment donné, des maux qui vous menacent, pour éviter des maux futurs plus grands ; tandis que la lâcheté fait l’opposé. Le courage est donc le caractère de la patience, qui consiste à percevoir clairement qu’il y a de plus grands maux encore que les maux présents, et qu’on pourrait se les attirer en s’y dérobant violemment ou en se défendant contre eux. Le courage serait donc une sorte de patience, et comme c’est celle-ci qui nous rend capables de privations et de sacrifices de tout genre, le courage, grâce à elle, est au moins apparenté aussi à la vertu.

Mais peut-être se laisse-t-il envisager à un point de vue plus élevé encore. On pourrait, par exemple, ramener la crainte de la mort à l’absence de cette métaphysique naturelle, par conséquent simplement sentie, en vertu de laquelle l’homme porte en lui la conscience qu’il existe aussi bien en tous, et en tout, qu’en sa propre personne, dont la mort doit, pour cette raison, peu le préoccuper. De cette conscience devrait donc naître le courage héroïque, de la même source, logiquement (comme se le rappelleront les lecteurs de mon Éthique), que les vertus de justice et d’amour du