Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/31

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prochain. Cela s’appelle aborder la chose de haut ; cependant il n’est pas facile d’expliquer pourquoi le lâcheté parait méprisable, tandis que le courage personnel parait noble et élevé. On ne peut voir, en effet, d’un point de vue plus bas, pourquoi un individu fini, qui est tout pour lui-même, qui est même la condition fondamentale de l’existence du reste du monde, ne subordonnerait pas toutes les autres choses à la conservation de son « moi » . Aussi une explication exclusivement immanente, c’est-à-dire purement empirique, fondée uniquement sur l’utilité du courage, ne suffirait-elle pas. De là vient peut-être que Calderon a émis un jour sur le courage une idée sceptique, mais digne d’attention ; il nie sa réalité, et cela par la bouche d’un vieux et sage ministre s’adressant à son jeune roi :

Que aunque el natural temor
En todos obra igualmente,
No mostrarle es ser valiente,
Y esto es lo que hace el valor.[1]

(La Fille de l’air, 2° partie, 2° journée).

Au sujet des différences mentionnées entre l’estimation du courage comme vertu chez les anciens et chez les modernes, il faut encore considérer que les anciens entendaient par vertu, virtus,…, chaque excellence, chaque qualité louable en elle-même, morale, intellectuelle, ou simplement corporelle. Mais après que le christianisme eût montré que la tendance fondamentale de la vie est une tendance morale, on n’entendit

  1. « Bien que la crainte naturelle agisse également chez tous les hommes, c’est être vaillant que de ne pas la montrer, et c’est ce qui constitue la bravoure » .