Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/51

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sauveur qui peut arriver à se manifester, en emplissant et en affranchissant l’ensemble.

Les lecteurs de mon Éthique savent que le fondement de la morale repose finalement pour moi sur la vérité qui a son expression dans le Véda et Védanta, conformément à la formule mystique établie : Tallwam asi (c’est toi-même), qui est prononcée en se référant à chaque chose vivante, homme ou animal, et qui est alors dénommée la mahavakya, la grande parole.

On peut en réalité regarder les actes conformes à celle-ci, par exemple la bienfaisance, comme le commencement du mysticisme. Chaque acte de bienfaisance pratiqué par un motif pur proclame que celui qui le pratique est en contradiction directe avec le monde phénoménal dans lequel un autre individu est entièrement séparé de lui-même, et se reconnaît identique à celui-ci. Tout acte de bienfaisance complètement désintéressé est cependant une action mys-térieuse, un mystère ; aussi a-t-il fallu, pour l’expliquer, recourir à toutes sortes de fictions. Après que Kant eut retiré au théisme tous ses autres supports, il lui laissa simplement celui-ci, à savoir qu’il donnait la meilleure explication de ces actes mystérieux et de tous ceux qui leur ressemblent. Il admettait en conséquence le théisme comme une hypothèse théoriquement non démontrable, mais valable au point de vue pratique. Que Kant ait été d’ailleurs en cela tout à fait sérieux, j’en doute. En effet, étayer la morale sur le théisme, c’est la ramener à l’égoïsme. Cependant les Anglais, comme chez nous aussi les plus basses classes sociales, ne voient pas la possibilité d’un autre fondement.