Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/52

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Ce fait de reconnaître sa propre et véritable essence dans un autre individu qui se manifeste objectivement, apparaît avec une beauté toute particulière dans les cas où un être humain, voué inévitablement à la mort, se dévoue avec un soin anxieux et un zèle actif au bien et au salut des autres. On connaît l’histoire de cette servante qui, mordue la nuit, dans la cour d’une ferme, par un chien enragé, et se sentant perdue, empoigne le chien et le traîne dans l’écurie, qu’elle referme, pour empêcher qu’il ne fasse d’autres victimes. De même cet épisode qui a eu Naples pour théâtre, et que Tischbein a perpétué dans une de ses aquarelles. Fuyant devant la lave qui envahit rapidement la mer, un fils porte son vieux père sur ses épaules ; mais quand une étroite bande de terre sépare seulement encore l’un de l’autre les deux éléments destructeurs, le père dit à son fils de le laisser là, et de se sauver en courant ; sans quoi tous deux seraient perdus. Le fils obéit, et jette, en s’éloignant, un dernier regard d’adieu à son père. C’est la scène du tableau. De la même nature est le fait historique que Walter Scott décrit, avec sa maîtrise habituelle, dans le Cœur de Midlothian,