Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/67

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bonté morale des nations apparaissent tout à fait indépendantes l’une de l’autre, celle-là existant souvent sans celle-ci. Nous expliquerons cela par le fait que la bonté morale ne résulte nullement de la réflexion, dont le développement dépend de la culture intellectuelle, mais directement de la volonté elle-même, dont la nature est innée et qui n’est susceptible en elle-même d’aucun perfectionnement par l’éducation. Bastholm dépeint le plus grand nombre des nations comme très vicieuses et mauvaises. Au contraire, il donne la meilleure caractéristique générale de certaines peuplades sauvages, tels que les Orotchyses, les habitants de l’île Savou, les Toungouses et les insulaires de Pelew. Il cherche alors à résoudre ce problème : pourquoi certaines populations sont-elles si bonnes, tandis que tous leurs voisins sont mauvais ? Cela me parait pouvoir s’expliquer par le fait que les qualités morales s’héritant du père, une population isolée, comme celles dont il s’agit ici, est sortie d’une seule famille, et, par conséquent, du même ancêtre, qui était un homme bon, et s’est maintenu pur de tout mélange. Les Anglais n’ont-ils pas souvent rappelé aux Américains du Nord, à l’occasion d’incidents désagréables, tels que des répudiations de dettes d’État, des razzias en vue du butin, qu’ils descendent d’une colonie anglaise de criminels, quoique cela ne soit vrai que d’une faible portion de ceux-ci ?

C’est chose étonnante comme l’individualité de chaque homme (c’est-à-dire ce caractère déterminé avec cet intellect déterminé) détermine exactement, semblable a une teinture péné-trante, toutes ses actions et toutes ses pensées, jusqu’aux plus insignifiantes ; en conséquence de quoi le